Déconfinement en vue !

Pataphysique

Y’à de la joie

Parce qu’à 1 jour du déconfinement tout est dit et contredit, un peu de pataphysique ravive le moral. L’absurdité est une perspective, l’insouciance du zazou un idéal ! Retrouver les copains du Bookgroup un objectif littéraire et organoleptique…

Un dernier poème de Boris Vian et le tour est joué.

« Je voudrais pas creverAvant d’avoir connu

Les chiens noirs du Mexique

Qui dorment sans rêver

Les singes à cul nu

Dévoreurs de tropiques

Les araignées d’argent

Au nid truffé de bulles

Je voudrais pas crever

Sans savoir si la lune

Sous son faux air de thune

A un côté pointu

Si le soleil est froid

Si les quatre saisons

Ne sont vraiment que quatre

Sans avoir essayé

De porter une robe

Sur les grands boulevards

Sans avoir regardé

Dans un regard d’égout

Sans avoir mis mon zobe

Dans des coinstots bizarres

Je voudrais pas finir

Sans connaître la lèpre

Ou les sept maladies

Qu’on attrape là-bas […] »

L’écriture à l’heure de l’épidémie

Il existe un petit jeu qui circule sur Internet où l’on imagine ce que les grands écrivains auraient produit à propos notre « peste », le Covid-19.

Balzac aurait raconté l’histoire de la fabrication du canapé où son héros était assis, Beckett aurait fait le récit de deux êtres qui attendent une fin du confinement qui n’arrivera jamais, Zola aurait décrit avec précision le quotidien d’un employé d’Amazon contraint de travailler, Kafka se serait employé à entrer dans l’âme d’une personne confinée qui s’ennuie et regarde une mouche courir sur son plafond, avant que ce ne soit la mouche qui la regarde courir sur les murs… Quant à Camus nous connaissons déjà la leçon d’humanisme et la réflexion sur les choix individuels qu’il a exposé dans La Peste.

Mais ce ne sont là que des schémas de fictions connus, transposés dans l’épreuve que nous traversons.

De la même manière, la littérature qui émerge en ces temps d’épidémie de coronavirus, reproduit encore les dispositifs et les angles de vue qu’elle connaissait avant ce changement historique.

Les initiatives sont nombreuses et louables bien sûr. La collection « Tract » de Gallimard s’est muée  en « Tracts de crise » et propose en téléchargement gratuit chaque jour des textes conçus pendant l’épidémie par les auteurs de la collection, ou des plumes qui s’en sentent proches. Cynthia Fleury, Danièle Sallenave, Pierre Bergounioux, Régis Debray, Ingrid Astier, Sylvain Tesson, Erri de Luca, ou encore Annie Ernaux.

Si je prends l’exemple de cette dernière, sa lettre « Monsieur le Président » radiographie des enjeux politiques et sociaux et nous parle d’un temps venu pour « désirer un nouveau monde ». Mais dans ses mots comme dans son adresse, le texte s’inscrit dans les positions habituelles de son autrice davantage qu’il ne donne une forme littéraire à notre vécu ou à notre devenir.

Mathilde Serrell pour France Culture

De tout, il restera trois choses :

la certitude que tout était en train de commencer,

la certitude qu’il fallait continuer,

la certitude que cela serait interrompu

avant que d’être terminé.

Faire de l’interruption, un nouveau chemin,

faire de la chute, un pas de danse,

faire de la peur, un escalier,

du rêve un pont

de la recherche…

une rencontre.

Fernando Pessoa

Un dimanche particulier

Dimanche matin – Rue Judaïque

Youpi, changement d’heure. Nous avons perdu cette nuit 1 heure de confinement. Petite heure dérisoire dans mon emploi du temps chargé.

Dimanche matin, vent froid sur Bordeaux, rencontre furtive avenue Bel Air avec Patricia. Elle me donne un livre et un numéro du Monde récent en mode marché noir. Nous avons eu du bol car trois motards sont passés se préoccupant plus d’un jeune cycliste que de deux femmes parlant à une distance raisonnable d’au moins 1 mètre. J’en ai profité pour prendre 2 photos du quartier désert en rentrant chez moi, passant par la rue Dauzat, afin d’éviter un deuxième contrôle de flics Barrière Judaïque. Ouf, je m’en sors bien pour cette sortie dominicale. Il va me falloir la journée pour me remettre de ces émotions. Comment me serais-je comportée pendant la guerre. Je ne le saurais jamais !

Affichée sur une vitrine rue Judaïque