Prendre la poudre d’escampette
Partir en courant, sortir de mon confinement vicié et tailler la route.
Pour aller où ? J’imagine en Bretagne, revoir la mer (la vraie), sentir les algues et le goémon, me baigner dans une eau fraîche mais tellement vivifiante afin de prendre conscience que j’ai encore un corps qui peut se mouvoir ailleurs que dans un périmètre d’1 km. Je peux même m’imaginer en Jonathan Livingston le Goëland à la recherche de sa famille bretonne. Sans fumette, je suis en vol vers le Nord Ouest et je ferme les yeux !
Le mot escampette provient de : prendre l’escampe, lui-même certainement issu de l’occitan escamper qui signifiait se sauver. De plus, l’expression sous entend également la notion de poudre (poussière), que nos pieds soulèvent lorsque l’on s’enfuit. Véro
Tailler la route
Cette expression m’est restée ce matin du 22e jour de confinement, comme une évidence au sortir d’une nuit où je n’ai cessé de tenter de m’échapper, à la manière du N°6 (les amateurs de séries reconnaîtront l’allusion) qui revient toujours à la case départ. J’y étais plongée dans une succession de situations rocambolesques et pourtant plus vraisemblables que celle que nous vivons aujourd’hui (j’ai quand même un doute sur le braquage !). Trois petits mots qui résument bien mon état d’esprit.
Trois petits mots qui forment une bien curieuse expression. Pourquoi aurait on besoin de tailler une route ? alors qu’on choisit généralement de les agrandir en autoroutes plutôt que de les réduire en chemins bucoliques ? Le Petit Robert ne nous aide pas beaucoup. Si on y trouve un bien plus prosaïque « se tailler », il ignore avec un souverain mépris, la sémantiquement proche « tailler la route ». Peut-être parce qu’elle nous invite justement à prendre la route… Patricia
Pierre qui roule n’amasse pas mousse
Expression ou plutôt proverbe qui veut un peu dire une chose et son contraire, selon le besoin du moment. Elle est utilisée à tour de bras en ce moment rue Alfred de Vigny et c’est à celui qui arrivera à la caser en premier lors du repas, ça fait beaucoup rire les enfants.
Bien utile en période de confinement elle nous rassure sur notre immobilité source d’enrichissement personnel, toutes ces heures à se cultiver à loisir viennent nous nourrir. Nous accumulons cette mousse épaisse, terreau de réflexion et d’intelligence humaine.
Ou pas, parce que là on préférerait plutôt rouler sa bosse et partir en se libérant de cette épaisseur immobile. Et voyager léger c’est être disponible à ce qui va se présenter.
Pourtant au XVIe siècle, on disait : Pierre souvent remuée de la mousse n’est vellée (revêtue). Ce vieux proverbe est la traduction littérale d’un dicton grec employé d’abord par l’auteur Lucien et passé depuis dans la langue latine : Saxum volutum non obducitur musco, ce qui signifie : La pierre roulée ne se recouvre pas de mousse.
Un poète latin, appelé Martial, a exprimé la même pensée dans les mots suivants : Quisquis ubique habitat… nusquam habitat, dont voici la traduction : Celui qui habite partout n’habite nulle part. Gresset, poète français du XVIIIe siècle, a composé sur ce sujet ce quatrain :
| Dans maint auteur de science profonde J’ai lu qu’on perd trop à courir le monde : Très rarement en devient-on meilleur. Un sort errant ne conduit qu’à l’erreur. |
Hannele
Prendre en grippe
De nos jours, la grippe, c’est un peu comme la mer : ce n’est pas les hommes qui la prennent, c’est elle qui les prend !
Moi, évidemment, je n’ai pas envie qu’elle me prenne, ni tous ceux que j’aime, de près ou de loin. Et même ceux que j’aime moins, voire pas du tout, je n’ai pas envie qu’elle les prenne. Quoique, j’hésite parfois pour Bachar al-Assad, Bolsonaro et cons-orts…
Parce qu’à part cette petite tribu d’infâmes, je ne prends plus grand monde en grippe en ce moment. J’ai même choppé un virus contre lequel je n’avais pas encore fabriqué d’anticorps, la philanthropie aiguë. Sourires chaleureux dans les rayons du supermarché, embrassades interminables au téléphone, rafales d’émoticônes « coeur » dans les messages… je vous aime tous, les gens ! Mais je garde ma porte fermée…
En farfouillant dans ma bible en matière d’expressions imagées – La puce à l’oreille de Claude Duneton – j’ai découvert qu’une grippe était à la fin du XVIIe siècle un caprice, une toquade ou une bizarrerie qui vous prend. Ce mot était rattaché au côté imprévisible « mouche qui pique » de certains personnages, d’où l’expression « prendre quelqu’un en grippe » (le prendre en soudaine aversion) qui apparaît dans la première moitié du XVIIIe. Quid de la grippe, le virus qui vous tombe dessus sans prévenir ? Toujours selon ce cher Claude, il paraît qu’elle a pris son nom de cette expression, en raison de son aspect capricieux, à la même époque. A quand un changement de patronyme en « foulecamp « ? Sophie
Liberté, liberté chérie
Je me le répète régulièrement
Tant je l’aime
Je sais que nous ne sommes pas dans une situation aussi terrible que celle dans laquelle elle a été utilisée parfois
Mais elle me manque quand même
La Marseillaise 1792, 6ème couplet
Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs.
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs ! (bis)
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !
Le chant des déportés 1933, 4ème couplet
Mais un jour dans notre vie
Le printemps refleurira.
Liberté, liberté chérie
Je dirai : « Tu es à moi. »
Et enfin pour danser : https://www.youtube.com/watch?v=-sFFRDRBWfc&list=RDV2X5DVIbQKA&index=1
Agnès
