L’écriture à l’heure de l’épidémie

Il existe un petit jeu qui circule sur Internet où l’on imagine ce que les grands écrivains auraient produit à propos notre « peste », le Covid-19.

Balzac aurait raconté l’histoire de la fabrication du canapé où son héros était assis, Beckett aurait fait le récit de deux êtres qui attendent une fin du confinement qui n’arrivera jamais, Zola aurait décrit avec précision le quotidien d’un employé d’Amazon contraint de travailler, Kafka se serait employé à entrer dans l’âme d’une personne confinée qui s’ennuie et regarde une mouche courir sur son plafond, avant que ce ne soit la mouche qui la regarde courir sur les murs… Quant à Camus nous connaissons déjà la leçon d’humanisme et la réflexion sur les choix individuels qu’il a exposé dans La Peste.

Mais ce ne sont là que des schémas de fictions connus, transposés dans l’épreuve que nous traversons.

De la même manière, la littérature qui émerge en ces temps d’épidémie de coronavirus, reproduit encore les dispositifs et les angles de vue qu’elle connaissait avant ce changement historique.

Les initiatives sont nombreuses et louables bien sûr. La collection « Tract » de Gallimard s’est muée  en « Tracts de crise » et propose en téléchargement gratuit chaque jour des textes conçus pendant l’épidémie par les auteurs de la collection, ou des plumes qui s’en sentent proches. Cynthia Fleury, Danièle Sallenave, Pierre Bergounioux, Régis Debray, Ingrid Astier, Sylvain Tesson, Erri de Luca, ou encore Annie Ernaux.

Si je prends l’exemple de cette dernière, sa lettre « Monsieur le Président » radiographie des enjeux politiques et sociaux et nous parle d’un temps venu pour « désirer un nouveau monde ». Mais dans ses mots comme dans son adresse, le texte s’inscrit dans les positions habituelles de son autrice davantage qu’il ne donne une forme littéraire à notre vécu ou à notre devenir.

Mathilde Serrell pour France Culture

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